Le vent contre elle, les cheveux en bataille, l'air frappant son visage, ses narines, ses joues roses et fraiches ainsi que ses yeux qui à son contact, laissaient échapper une larme, elle titubait, comme si elle se trouvait dans un état second, entre l'ivresse, la mélancolie, la joie, la tristesse, la puissance, la faiblesse et la fin. Suite à une soudaine poussée d'adrénaline d'une puissance incommensurable et en l'espace d'une indivisible seconde, si courte, mais tellement intense. Tout lui revint. Du début à la fin, d'un bout à l'autre, du passé au présent. Sans lésiner le moindre petit détail, même le plus insignifiant, ceux qu'elle croyait oubliés, ou encore ceux dont elle ne voulait pas se rappeler. Subitement, tout réapparu.
Camille Depontoire n'était seulement âgée de 6 années lorsque son père, pris d'une nouvelle crise excessive de rage quitta sa mère et de ce fait, elle aussi. Elle ne comprit ni ne réalisa le départ de son père, son jeune âge étant le principal facteur. Mais malgré ce départ prématuré, Camille passa tout de même une heureuse enfance, grâce à sa mère, une très grande dame il faut l'avouer, qui donna de toute sa personne et fit tout ce qui était en son pouvoir pour combler l'absence d'un père, et rendre sa fille joyeuse. Petite fille blonde avec une frange parfaitement droite, tombant à la perfection au dessus de ses fins sourcils, bien éduquée, modeste, brillante, aimable et serviable; résuma son enfance jusqu'à ses 11 ans. Malgré cette image d'enfant parfaite, Camille était en fait bien le contraire, et dès qu'elle quittait sa mère, elle perdait son masque pour afficher sa réel personnalité diabolique. Les adultes ayant l'image de la petite fille si bien élevée, que toutes ses bêtises et autres crasses devenaient celles des autres.
Peu de temps après son entrée au collège, Camille se dévergonda, fréquentant des personnes qui ne devaient pas l'être. Multipliant les conneries et le désarroi de sa mère, Camille grandit et évolua. Suite à une énorme dispute avec ses amies qu'elle croyait pour la vie, elle se retrouva seule, avec la réputation d'une catin. Mademoiselle Depontoire se résigna alors à se calmer, continuer malgré tout, et cela finit par lui réussir. Elle acheva brillamment ses études en décrochant un diplôme dans le markéting et la publicité.
Collectionnant les amours temporelles et déchues, elle perdit très vite fois en le coup de foudre, et l'amour éternel, mais finit malgré tout par tomber sur celui qu'elle pensait être le bon. Conner Meyer. Homme d'affaire directement importé des Etats Unis, grand, mince, fort, tout pour plaire. Mais deux ans après leur sublime mariage, deux ans après l'amour parfait, deux ans après une vie de rêve, tout se brisa petit à petit. Les cris, les sanglots, les coups, s'incrustèrent alors dans leur quotidien. Bien qu'amoureuse, Camille était aussi une femme habile et intelligente et c'est avec une grande force, mais aussi une grande tristesse et regret des deux merveilleuses années qu'elle venait de vivre qu'elle se rendit au poste de police. Elle sortit de cette affaire bien plus forte mais aussi détruite et méfiante.
Revenant alors à ses sources, en passant beaucoup plus de temps en compagnie de sa mère, Camille dû faire face à une subite rencontre, qui finalement l'ampli de bonheur. Son père avait refait surface dans sa vie, après plusieurs années de regrets et de dur labeur pour retrouver sa fille. Au départ méfiante, elle entretint finalement une bonne relation avec son père, chose dont elle avait rêvé depuis toute petite. Ce retour dans sa vie était comme un rayon de soleil, une réelle embellie dans son quotidien de jeune femme. Grâce à cela, elle reprit confiance en elle, s'épanouit, et appris à voler de ses propres ailes. Elle finit même par décrocher un travail très prestigieux dans une multinationale parisienne. Peu après, de bonheur en bonheur, elle rencontra un nouvel homme : Monsieur Angelo Montegliari, jeune étalon italien, brun, le teint mat, une réel fantasme tout droit sorti des vidéos dont elle se surprenait à regarder de temps en temps sur internet. De fil en aiguille, les rendez-vous s'enchainèrent, avec une demande en mariage à la clé. Le romantisme était à l'ordre du jour. Il se métamorphosait parfois en diner aux chandelles, en bain moussant rempli de pétales de roses, ou encore en un sublime bouquet de lisianthus apporté au travail dans lequel elle se plaisait de plus en plus.
Mais un excès de bonheur et de perfection a souvent pour résultat une remise en question et donne l'impression que quelque chose dans notre quotidien est absent. Chose que Camille ressentit. Pour combler ce manque totalement imaginaire dû uniquement à une stupide croyance en le fait que le bonheur à long terme n'existe pas, Camille se remit à faire des rencontres. Rapidement, elle entretint une relation informelle avec un jeune français, qui avait quelques deux années de moins qu'elle. Cette liaison sauva le mariage de Camille et Angelo et, si elle devait le refaire, elle le referait . Grâce à cette nouvelle rencontre, Camille devint beaucoup détendue et amoureuse de son mari, le romantisme et la passion refirent surface dans leur couple, Camille revivait alors un véritable conte de fée.
Voilà désormais plus de 8 ans qu'elle partageait son quotidien avec Angelo, qu'elle qualifiait d'amour de sa vie. Mais bientôt ce bonheur ne devint que pâle souvenir. En effet, Monsieur Montegliari se rendit finalement compte que sa femme n'était qu'une simple traitresse avide de sexe et vide de bon sens, scrupules, et réflexion. Cette découverte changea toute la vie de ce monsieur, la chamboula littéralement. Sans perdre de temps, et avec une rage intérieure énorme, il tenta de tirer cette affaire au clair en compagnie de sa femme, avec le un tact et un calme épatants. Suite aux douloureux aveux de Camille qui prenait sa part de responsabilité tout en s'excusant, Angelo quitta la pièce, et Camille pour toujours. Cette-dernière, rongée par le remord, ne le revit plus qu'au tribunal, synonyme d'un nouvel amour perdu ...
Grâce à l'aide on ne peut plus précieuse de son père, Camille sortit de cette période sans trop de séquelle et recommença ainsi à prendre gout à la vie, faire de nouvelles rencontres et surtout, à affirmer son caractère, à être davantage dominatrice et impulsive, et de cette manière plus forte et séduisante. Malgré la trentaine dépassée, Camille - mais il fallait l'avouer, elle paraissait plus jeune d'au moins cinq ou sept ans - continua de sortir, de s'amuser, sans prendre en compte l'action du temps qui passait inlassablement.
Quelques mois plus tard, réalisant qu'elle était déjà âgée de 36 ans, elle rechercha alors une situation stable et posée, sans débauche.
Vêtue élégamment d'un tailleur noir, acheté pour l'occasion, Camille de nouveau Depontoire, se rendit en haut d'un building parisien, du haut duquel elle espérait en s'y rendant aujourd'hui travailler dans un proche avenir. L'entretien se passa à merveille, puisque pour la première fois, Camille n'avait pas eu besoin d'user de la gâterie ni même jusqu'au péché originel pour arriver à ses fins, comme elle avait l'habitude de le faire lors de précédents entretiens d'embauche pour décroché un métier haut placé et bien rémunéré. Ayant donc brillamment décroché cet emploi d'infographiste chez un grand directeur artistique, Camille se dit qu'après tout ce qu'elle venait de vivre : le divorce Tom, son second mari, le déménagement qui s'ensuivit, donc sa démission et en récompense du nouveau travail qu'elle venait d'attraper, elle méritait de se payer un petit plaisir réconfortant qui très vite, pris la forme d'un appartement au treizième étage de la Rédemption, haut et sublime building de verre, s'étant récemment implanté dans le quartier des affaires de Paris, où se trouvait désormais le bureau dans lequel elle allait bientôt travailler.
Du haut des 49 mètres sur lesquels trônait fièrement la Rédemption, Mademoiselle Depontoire demeurait. Désemparée, accablée, le c?ur rempli d'amertume, Camille, sur son canapé, désespérait. La coupe mi-pleine de vin tenait compagnie aux trois bouteilles de Brandy débouchonnées qui gisaient quelques mètres plus loin sur le parquet. La cigarette à la main, le maquillage coulant désormais jusqu'à ses joues, le water-proof irritant ses paupières, elle décida enfin de se lever, n'ayant qu'une idée en tête, malheureusement non-réfléchie, et acquise totalement sous l'impulsion, la colère et le désespoir. Débordante d'ivresse, elle caressait ses rideaux pourpres comme en guise d'adieu. Il fait beau aujourd'hui, un temps magnifique pour sortir se balader en amoureux, le soleil est là, et avec lui, une agréable légère brise, caressant soigneusement ses longs cheveux blonds. Appréciant la fraicheur du temps, elle contempla la vue qui s'offrait à elle, se penchant dangeureusement en avant. Une vue que désormais, elle voyait défiler à une allure fulgurante devant ses yeux.
Face à cette soudaine et si puissante remontée de souvenirs dans laquelle Mademoiselle Camille Depontoire s'était littéralement et inconsciemment plongée, retraçant intégralement sa vie toute entière, de sa plus « tendre » enfance - si l'on peut la qualifier ainsi - submergeant cette demoiselle devenue femme du plus profond de son être, envahissant les moindres coins et recoins, même les plus petits, intimes ou cachés de son cerveau (dont elle n'avait durant ces 36 dernières années, utilisé qu'à seulement 10%, chiffre dérisoire), de son âme hurlante de détresse et de sa conscience blâmée. Une seule pensée lui vint à l'esprit. Tellement logique, évidente, débordante de bon sens, subite, intelligente que Camille s'avoua elle-même - oui, femme dégoulinante de fierté, elle ne l'aurait jamais avoué à quelqu'un d'autre - surprise d'avoir si soudainement pensé à quelque chose de la sorte, totalement adéquate pour cette situation. Cependant, son esprit ne se hasarda pas plus longtemps sur cette deuxième pensée et revint en éclair - et, anciennement Madame Montegliari, s'avoua une fois de plus étonnée de la rapidité d'exécution, de la lucidité et de l'intelligence desquelles son cerveau faisait preuve à ce moment-là. ? Situation spéciale, mesures spéciales ? se demanda Camille, puis, dans un élan de rapidité que son cerveau encore une fois montrait, elle conclu que Oui, son cerveau avait décidé, au dernier moment, de prouver qu'il n'était pas plus utilisé qu'un autre, en revenant à sa pensée initiale :
« Avec la vie que j'ai menée pendant désormais 36 années, malgré le surnombre de bas par rapport à celui de hauts, que Diable m'a-t-il pris de me jeter du treizième de La Rédemption ?! »
Florian T.